Artwork – « Descensus » de Circa Survive


En raison de la sortie récente de « Descensus », nouvel opus du combo US (que j’adoooooooore) Circa Survive, il me semblait important de revenir sur le superbe travail d’Esao Andrews, peintre attitré du groupe et officiant à la peinture à l’huile. On ne peut qu’admirer le travail surréaliste de ce jeune peintre.

En 2010, j’avais l’occasion de rencontrer deux des membres du groupe pour VisualMusic et évoquais avec Anthony Green et Brendan Ekstrom la collaboration entre le peintre et le groupe. Ainsi, malgré de nombreux amateurs d’art et de dessin dans le groupe, Anthony me signifiait que personne ne capturait mieux l’esprit du groupe qu’Esao. Une aventure qui dure depuis les débuts musicaux du groupe US (album « Juturna ») et qui n’a jamais connu d’autre artiste pour illustrer ses albums. Il faut avouer que rares sont les groupes qui bénéficient de nos jours d’une imagerie si forte et surtout en lien avec leur musique. Esao dépeignant souvent un monde surréaliste, onirique et inquiétant à la fois, laissant une part incroyable à l’interprétation du spectateur.

Circa Survive - Descensus

« Descensus » – Circa Survive (2014)

Esao est un putain de génie. Et la plupart du temps, il fait juste son truc et on termine avec une superbe illustration. Je ne pense pas qu’on lui ait jamais donné une véritable piste artistique à part lui envoyer quelques démos et paroles de certains titres. C’est comme s’il arrivait à retranscrire certaines de nos pensées en tableau.Anthony Green
© Livefastmag.com

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Lors de sa récente exposition appelée « Epilogues », l’artiste a accordé une interview qui permet de mieux comprendre son univers visuel.

Ton exposition se nomme « Épilogues ». Cela ressemble à la déclaration d’une certaine conclusion. Quel est le concept derrière tes derniers travaux ?

Durant la plus grande partie de ma carrière, j’ai compartimenté ma production. Même si mon travail est assez changeant et surréaliste, j’aime retravailler mon sujet, mon style —  tous deux afin de préserver mon intérêt et celui de mon public. Grâce à cela, chaque ensemble de travail que j’ai pu sortir a eu tendance à être constitué d’œuvres uniques sans réelle cohérence. « Epilogues » se veut une tentative de lier la diversité de cette imagerie par le biais d’un thème précis, à savoir le voyage arrivant à son terme et le retour au foyer.

Est-ce que ces nouveaux travaux font suite à l’envie de mettre en sommeil certaines de tes compositions les plus populaires, de t’en éloigner et considérer cela comme le point final ?

Les peintures nommées “The Thinker”, “On Letting Go” et “Monsoon” sont certaines de mes oeuvres les plus connues. Les deux dernières ont eu leur propre vie en représentant les albums de Circa Survive, en circulant sur le web et même en tant que tatouages. Toutes ces années, j’ai été effrayé d’y retourner et de les étreindre à nouveau car j’avais l’impression qu’elles n’étaient plus réellement mes peintures. Donc ce n’est pas forcément une finalité les concernant mais une bonne raison pour être d’accord sur le fait de boucler la boucle.

Je suppose que cela mène à une évidente question mais allons-y, commences-tu ton travail avec l’idée qu’il y ait une ligne narrative ou temporelle au gré de tes peintures ?

Oui, complètement et j’aime l’idée de ce monde vieillissant.

Plus tôt dans la conversation, tu as mentionné que ces travaux étaient une manière d’en terminer avec certains autres très populaires et cités auparavant. Quel était ton sentiment quand tu as réalisé que tu avais besoin de montrer le chapitre final de ces idées et personnages ? T’es-tu senti soulagé ou y avait-il une certaine anxiété ? 

Je me suis senti soulagé. L’idée de jeter un œil à de plus vieilles peintures et continuer la narration est une nouvelle manière de créer me concernant. Tout ce temps, je me suis reposé sur le fait que le spectateur devait lui-même interpréter ce qui se passait sur une seule scène. Maintenant, j’ai le sentiment d’avoir un canevas assez important pour me permettre de lier les points entre deux et enfin écrire des histoires complètes. Il y a un peu d’anxiété sur ce point.

Es-tu ouvert à l’idée de faire apparaitre certaines de ces personnages dans de futurs travaux ? As-tu vraiment le sentiment que c’est terminé et que leur dramaturgie est totalement achevée ?

Oui, je pense que j’en ferai réapparaitre à l’avenir, ou certaines variations plus évoluées. J’aime les aborder comme s’il s’agissait d’existences parallèles et oniriques. Je grandis et évolue de la même manière que leur propre narration. Je ne suis pas certain qu’il y ait jamais une véritable conclusion à quoi que ce soit. Je commence à regarder chaque image comme étant le point de départ d’une histoire à suivre et cette même image peut avoir différents chemins possibles.

 

 

La narration a toujours été l’objectif principal et approche de ma création d’images. J’aime toujours autant l’idée que le spectateur remplisse lui-même les blancs. Esao Andrews
Esao a su retranscrire cette frontière entre le réel et l’imaginaire. En représentant Blue Sky Noise avec ce côté animal confronté à l’Homme, ce côté fantasque face à la vie humaine, il a su représenter les confrontations existentielles auxquelles nous sommes soumis. Cette dualité entre le rêve et la réalité, cette difficulté à trouver une limite et à stagner dans cet état stationnaire, est je pense assez représentatif de nos chansons…Anthony Green pour l'album Blue Sky Noise

 

Bonus du chef, le speedpainting de la couverture « Blue Sky Noise ».

 


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